Les enjeux stratégiques de la RSE pour les PME

20
Jan

Les enjeux stratégiques de la RSE pour les PME au regard des attentes des grands groupes

François Perret, Directeur Général de Pacte PME

François Perret, Directeur Général de Pacte PME

Par un pêché aussi ancien que préjudiciable pour son développement, notre économie a pris l’habitude d’opposer grandes entreprises et PME.

Si la RSE a pu dans un premier temps contribuer à entretenir cette image, elle crée aujourd’hui – dans une vision moderne des relations inter-entreprise- une occasion de la dépasser en faisant valoir les opportunités réciproques de la PME et du grand groupe à s’engager dans une «sous-traitance responsable ».

Au cours de la décennie 2000, la RSE pouvait apparaître l’affaire principale pour ne pas dire exclusive des grandes entreprises assujetties à des obligations diverses (loi sur les Nouvelles Régulations Economiques, loi Grenelle 2 ou encore loi Warsmann 4) qui n’ont cessé de croître.

Dans ce contexte, une pression croissante a pu s’exercer par les grandes entreprises pour amener les PME à se conformer à des codes de conduite, notamment sectoriels, à leurs propres codes internes ou à évaluer leur responsabilité ou à rendre compte suivant les différents standards existants.

C’est l’époque de la « RSE subie » pendant laquelle les fournisseurs, malgré des moyens limités, pouvaient surtout concevoir la démarche des sociétés du CAC 40 (leur adressant un questionnaire pour évaluer leur performance RSE) comme une forme de report d’obligations et de contraintes des plus grandes vers les plus petites entreprises.

Cette page n’est sans doute pas entièrement tournée. Beaucoup de PME perçoivent encore la démarche RSE comme une charge supplémentaire, dont elles ne perçoivent pas toujours le bénéfice.

On ne peut donc s’étonner, faute de pédagogie suffisante, qu’une grande partie d’entre elles ait négligé les gains à attendre de la démarche RSE et n’ait pas engagé de démarche formalisé à ce titre.

En 2014, les PME étaient encore très loin d’avoir emboité le pas des entreprises cotées et des grandes entreprises en matière de RSE : près du tiers des entreprises (29% exactement) n’avaient pris aucune initiative en la matière tandis qu’une infime minorité d’entre elles (50 000 tout au plus) avait mis en œuvre un pan important de la RSE (par exemple une certification ISO 14.001).

Pourquoi peut-on penser que les choses pourraient changer dans les prochaines années ?

Probablement parce que l’on passe progressivement à une autre appréhension de la démarche par les entreprises : la RSE qui se diffusait principalement  dans les relations entre donneurs d’ordre et fournisseurs, par le biais principal des cahiers des charges, ainsi que dans les marchés publics, avec le risque pour les entreprises peu impliquées de perdre des marchés au profit des plus engagés, est en train de prendre une nouvelle nature : c’est l’époque de la « RSE collaborative ».

Les grandes entreprises ne se contentent plus de sonder les TPE et les PME sur leur performance RSE, elles participent avec ces dernières à des actions de renforcement croisées.

Elles se situent moins dans une recherche de « conformité » dans la relation avec leurs fournisseurs que dans une logique de co-développement, voire de co-innovation.

Cela ne veut pas dire que les « peurs » des PME par rapport à la démarche RSE (foisonnement et complexité normative, surcoût généré par le respect des priorités environnementales, absence de réciprocité dans la prise en compte des démarches d’investissement responsable dans le commerce mondial) aient disparu.

Cela signifie en revanche que les lignes bougent et que les PME voient désormais aussi dans la RSE « la bouteille à moitié pleine » : 43% des entreprises familiales espagnoles considèrent ainsi qu’une politique RSE peut leur offrir une position différenciante dans la compétition nationale et internationale (source : KPMG, 2015).

Mener à bien une démarche RSE, c’est peut-être gagner aussi en compétitivité et en innovation. C’est  sans doute aussi « séduire » davantage les investisseurs institutionnels qui auraient aussi un appétit grandissant pour les entreprises au comportement plus irréprochable : rien qu’en France, deux tiers de l’encours d’investissement serait le fait d’ISR (Investissement Socialement Responsable), soit un total de plus de 222,9 milliards d’euros en 2014.

A son rythme, la RSE qui était il n’y a pas si longtemps encore et avant tout une contrainte forte pour les PME devient aussi une opportunité. L’évolution de l’attitude des grandes entreprises à l’égard de leurs fournisseurs (logique de partenariat durable) contribue à cette évolution, qui est encore loin d’être achevée.

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